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La Nécessité d’un Féminisme Politique En Afrique

J’assistais hier à une discussion éducative organisée par le magazine féminin camerounais Le Pas Féminin. Une très belle discussion dont les interventions étaient toutes positives sur la nécessité du féminisme au Cameroun. Cela change lorsqu’on est habitué à une forme de rejet véhément du féminisme dans une société qui a vite fait de brandir les traditions et la culture lorsqu’il s’agit de la femme.

Néanmoins, j’ai comme observé une absence de compréhension profonde de la notion de patriarcat et comment les fondements et ses ramifications perpétuent un système, une injustice, une société, une culture, des traditions… inégalitaires pour la femme. Un système qui ne sera jamais favorable pour la femme, et rappelons le, produit également des injustices pour certains hommes qui ne veulent pas se prévaloir du pouvoir ou des pouvoirs que le système patriarcal leur confère. Il y’a eu pour moi comme une sorte de légèreté dans la compréhension de ce sytème comme s’il suffisait juste d’une bonne volonté pour le détruire.

Rappelons que le patriarcat est une forme d’organisation sociale et juridique fondée par l’homme. L’introduction (parce qu’il ne s’agit pas d’un système naturel comme l’observation de la vie des abeilles mais plutôt d’une construction sociale), du système patriarcal serait étroitement lié à l’émergence de la propriété. Ce système est ainsi renforcé par l’introduction de la monnaie, le capitalisme et la religion. Rappelons également que la femme constituait un élément de la propriété au même titre que les biens meubles et immeubles et qu’il a fallu changer certaines lois notamment en matière de viol pour que la femme puisse avoir une identité propre.

Le patriarcat est avant tout une question de pouvoir

Le patriarcat est donc un phénomène social structurel dans lequel les hommes ont le privilège de la domination sur la femme, que ce soit de manière visible ou invisible. Et se manifeste par des valeurs, des actes, des coutumes, des rôles de genres et les institutions de la société, et est maintenu par le processus de la socialisation. Même si on pourrait se compléter, la discussion est restée sur le plan invisible ou social car elle insistait sur l’éducation des enfants qui devrait être similaire pour les garçons et les filles. Seulement, ce n’est pas du féminisme ou du moins c’est très insuffisant pour combattre un système institutionnel, structurel, politique qui oppresse les femmes.

Le féminisme est essentiellement porté sur les droits et j’insiste encore. Sommes nous vraiment égaux si les institutions de la société, les traditions, les coutumes, les actes me confèrent plus de pouvoirs ? Mais aussi, l’éducation égalitaire ne vaut que pour le futur à condition qu’elle porte ses fruits, alors que dans le présent même, les femmes subissent les effets du patriarcat et qu’il faut les combattre à l’instant même. Le patriarcat est avant tout une question de pouvoir. Cette dynamique de pouvoir qui régit les relations entre les hommes et les femmes dans une société patriarcale repose sur:

-La Domination Physique: qui se traduit par les abus sexuels, les agressions physiques, les violences domestiques

-Le Pouvoir Économique: qui se traduit par de nombreux blocages comme les discriminations à l’embauche, les inégalités salariales, les chantages sexuels

-La Domination Sociale: elle se manifeste par les conceptions, les valeurs, les pratiques qui renforcent la supériorité de l’homme sur la femme.

-Le Pouvoir Politique: qui se traduit par des institutions à prédominance masculine, le refus de la parité, et donc des lois défavorables qui conduisent aux organes de protection des citoyens impartiaux.

Prenons l’exemple du racisme, le mot racisme peut exister comme tout mot crée peut exister. Mais le racisme prend tous ses effets lorsque des actes, des paroles, tout un un système lui permettent de perdurer. En l’occurence, on parle aussi de racisme d’État lorsqu’on observe des mesures prises par l’État afin de maintenir l’oppression ou la situation d’injustice de certains individus comme les contrôles au faciès, les incarcérations de masse etc… soit encore qu’aucune mesure n’est prise par l’État pour empêcher les actes d’oppression et d’injustice de certains individus comme  les « bavures policières ».

Il faut donc comprendre que comme le racisme, le patriarcat est un système de pouvoir structurel et surtout politique qui produit des actes, des constructions sociales qui conduisent à une situation d’inégalités et d’injustice pour certaines catégories de personnes. Pour que des personnes soient égales, il faut pouvoir contrebalancer les pouvoirs par d’autres pouvoirs de même poids et la jeune fille ne pourra pas contrebalancer ces pouvoirs uniquement par l’éducation reçue, elle est impuissante face à la structure de la société.

« L’homme est un loup pour l’homme » 

Autrement dit, « l’Homme est le pire ennemi de son semblable ou de sa propre espèce ». Si j’insiste sur la légèreté de l’argument de l’éducation égalitaire à inculquer aux garçons et filles, c’est aussi pour noter la nature de l’homme qui a besoin d’être encadrée afin de mieux vivre en société.

Le Léviathan de Hobbes repose sur l’idée que la société est dangereuse pour l’homme. Tout homme a des droits naturels qu’il veut faire prévaloir par la force et ou la vengeance. Il faut donc un tiers pour les faire se respecter l’un l’autre. Les hommes qui souhaitent vivre en société passent ainsi un contrat avec une tierce personne, l’État à qui ils transfèrent le pouvoir de force et de contrainte et renoncent à leur liberté naturelle en échange de leur propre protection et celle de leurs biens. C’est ainsi que le droit positif nait.

J’insiste donc sur le fait que les injustices entre les personnes ne sont pas dues au fait que les personnes ne connaissent pas mieux, ou parce qu’elles ont été mal éduquées. C’est avant tout parce que certaines personnes sont en position de pouvoir par rapport à d’autres tout simplement et usent de ce pouvoir.

Basiquement, tout le monde sait moralement et même légalement qu’il ne faut pas voler le bien d’autrui et pourtant le vol existe. Seulement, l’État dont le rôle est de donner plus de droits ou d’enlever des droits à certaines personnes permet de contrebalancer ce pouvoir en protégeant les victimes de cet abus de pouvoir par la possibilité de faire prévaloir son droit de propriété. Il est donc impératif que les droits soient reconnus et existent pour s’en prévaloir et être protégé et il est donc impératif de pouvoir contrebalancer un pouvoir par un autre pouvoir de même poids.

Le féminisme a donc besoin d’être radical, c’est à dire s’attaquer à la racine du mal qui est le système patriarcal et la forme d’hiérarchie dominante descendante qu’elle construit et maintient. Le féminisme se fonde sur le rétablissement des droits et libertés des femmes, des pouvoirs de poids afin de contrebalancer d’autres pouvoirs et rétablir une situation d’égalité afin de protéger les femmes.

 

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