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Lupita Nyong’o, Harvey Weinstein ou les souffrances étouffées des Femmes Noires

Lupita Nyong’o donnait un coup de pied dans la fourmilière, c’est le cas de le dire, lorsqu’elle a publiquement révélé qu’elle a elle aussi fait l’objet d’agression sexuelle de la part de Harvey Weinstein.

Les révélations portent les noms de très grandes actrices comme Angelina Jolie par exemple, provoquant ainsi une série de libéralisation de la parole avec les hashtag #metoo ou #balancetonporc. Mais étonnamment, la seule femme qui a fait sortir Harvey Weinstein de son silence et dont il a nié les faits est Lupita Nyong’o. Une femme noire !

 

Femme, mais noire !

Parce que avant d’être une femme, elle est d’abord noire ! Foncée de peau, impensable pour beaucoup comme j’ai pu le voir dans certains commentaires, que Weinstein ait pu vouloir abuser d’une femme aussi noire que Lupita Nyong’o. Lui qui pourrait tellement avoir d’autres femmes. Réduite à sa couleur de peau, pas même à son genre mais tout simplement noire. Qui voudrait abuser d’une femme noire ? Savez vous qu’une femme noire doit être exceptionnellement belle pour qu’elle soit considérée comme désirable face à des femmes à la couleur de peau plus claire ? Ses traits doivent être d’une finesse, ses mensurations doivent correspondre à celles des standards occidentaux, ses cheveux lissés et longs, son attitude irréprochable… Combien se sont moqués de Quantasia Sharpton, la jeune femme ronde qui a accusé l’artiste Usher de lui avoir volontairement transmis l’herpès ? Se faisant même moquer à la télévision par un humoriste français très connu. Combien ont crû Nafissatou Diallo ?

Et pourtant, Lupita Nyong’o est une femme instruite, polyglotte, titulaire d’un diplôme en cinéma et théâtre, productrice de télévision, elle fait également ses débuts à Broadway et a gagné plus de 40 récompenses. Loin des scandales, irréprochable, mais noire.

Une humanité et une identité déjà refusées depuis l’esclavage de part les conditions mêmes de cet esclavage, et où les femmes noires subissaient des viols.

Comment ne serait-il pas aisé pour Harvey Weinstein de nier les propos de Lupita Nyongo’o lorsque l’artiste Dencia tweetait à propos de l’actrice: « … je n’accepterais pas de rôle parce qu’on trouve que je ressemble à une esclave  » ?  Quand certaines personnes aimeraient que leurs filles soient métisses ou claires de peau pour que leur vie soit facile ? Quans les hommes comme les femmes ne sont pas prêts à croire Lupita Nyong’o parce qu’elle est trop noire et donc pas désirable ?

Les abus sexuels ne sont pas sont pas une histoire de désir mais bien un rapport de force, d’intrusion, de domination et d’humiliation.

 

Souffrir en silence !

S’il y’a bien une notion de je ne conçois pas, c’est la glorification de la femme noire qui souffre en silence. Cette conception qui veut que la femme noire prouve sa force par sa capacité à supporter les souffrances. Cette capacité à supporter, transformée en fierté pour certaines. Cette femme silencieuse qu’on érige en modèle de vertu parce que d’un côté cela arrange certains et que de l’autre, la peur a fait place à un certain défaitisme. Cela passe déjà part de petites choses comme: « pour être belle, il faut souffrir » ou « le mariage n’est pas facile », ou encore que « la femme est le pilier de son foyer et que sur elle repose entièrement l’unité de celui-ci ».

Combien de confessions, de confidences de femmes entre elles sont minimisées et rapidement balayées par une rengaine que l’on connait toutes, attribuée au lot des femmes ? Si bien que certains actes que l’on voudrait dénoncer restent sous silence car non reconnus, incompris et aussi par peur de se voir rejeter la faute ?

Combien de victimes noires ont été passées sous silence ? Que ce soit les femmes victimes de séquestration par l’artiste R. Kelly ? Les femmes noires victimes de viol par les policiers aux États-Unis par exemple ?

D’aucunes peuvent se rassurer comme elles veulent, mais le silence n’a jamais été la solution. L’inaction, l’absence de mots, les non-dits n’ont jamais fait basculer le cours des choses.

 

Être une femme (noire)

Être une femme noire c’est surtout voir ses capacités surestimées. On l’imagine forte, difficile à duper, à tromper, à manipuler si bien que lorsqu’elle se retrouve dans une position de victime, cela est considéré comme quelque chose qu’elle n’a pas sû gérer. Parce que étant une femme noire, il faudrait faire encore plus attention que les autres.

La légèreté avec laquelle les sujets sur les abus sexuels sont abordés et les angles d’approches assez foireuses pourraient laisser penser à une volonté de banaliser certains actes. Au lieu de mettre l’accent sur la monstruosité des ces actes et la responsabilité des auteurs, l’accent est reporté sur la victime, son style de vie, son style vestimentaire, son environnement social, ses émotions, ses liens avec l’auteur des actes… la moindre faille qui pourrait faire invalider l’abus qu’elle a subi.

La culture du viol que l’on connait très peu voudrait qu’il soit difficile pour la femme de prouver qu’elle a été réticente à quoi que ce soit. Comme il est absurde de demander à une femme en choc, surprise, en souffrance… si elle a prononcé un « non » ferme et audible au moment des faits.

Et parce que être tout simplement une femme, la victime, on lui demandera toujours et encore de prouver, de justifier, démontrer qu’elle a bien subi un abus.

 

 

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